samedi 27 mai 2017

Le San Martín rouvre ses portes sur Corrientes [à l'affiche]


Ce soir, en ce long week-end de fête nationale (25 de Mayo, Día de la Patria), Buenos Aires va retrouver l'un de ses plus emblématiques théâtres municipaux, le Teatro San Martín, situé sur Avenida Corrientes, dans la section la plus théâtreuse de cette belle et longue avenue, traditionnellement dédiée à la culture. Ce théâtre fonctionne, sous ce nom, depuis 1961, ce qui correspond déjà à un bel âge en Argentine, même si des établissements beaucoup plus anciens existent tout le long de cette grande artère ultra-urbaine.

Intérieur rénové du théâtre
avec encore quelques bâches en plastique et deux photographes du service Communication de la Ville au travail
Photo Santiago Filipuzzi (La Nación)

Cela faisait un an et demi que la salle était complètement fermée (1) pour des travaux qui semblaient ne jamais devoir finir et qui étaient pourtant tout à fait nécessaires. Même les toilettes ne fonctionnaient plus ! Bien entendu, Página/12 conteste ce point et critique le budget considérable qui a été mobilisé pour cette remise en état : 400 millions de pesos, une somme considérable mais compréhensible au regard du délabrement des installations dont tous les artistes se plaignaient.
Les travaux ont permis aussi de mettre le théâtre à jour sur le plan technique, de réaménager la scène, la machinerie et les éclairages. On a rajeuni les loges, plus agréables et luxueuses qu'auparavant.

La grande salle vue de la scène
Photo Santiago Filipuzzi (La Nación)

Cette réouverture tant attendue va donc être fêtée ce soir par un spectacle de rue, devant la façade tout en verre, avec environ trois cents artistes pour raconter l'histoire de cette belle et prestigieuse institution.

Pour aller plus loin :



(1) Le théâtre fonctionnait par intermittence et uniquement dans les salles secondaires, celles auxquelles on accède par la rue Sarmiento, avec des effectifs réduits (ballet, compagnie de marionnettes et orchestre résidents, comédiens et techniciens). Au dernier étage de ce vaste complexe culturel, se trouve les studios et les bureaux des deux stations de radio municipales, la 2x4, consacrée au tango, et la 11.10, la radio généraliste de la Ville Autonome de Buenos Aires.

Niveau scolaire préoccupant [Actu]

Le Gouvernement argentin veut jouer la transparence. Dans ce but, il a mis en ligne, à disposition du public sans aucune restriction, le résultat de l'enquête nationale, effectuée dans des écoles publiques et privées, sur le niveau exact des élèves de l'enseignement primaire et secondaire.

Les résultats provoquent quelque préoccupation. L'Argentine s'est longtemps reposée sur la croyance, largement partagée dans l'opinion publique et répétée à l'envie par les politiciens aux affaires, que son système scolaire était efficace et l'un des meilleurs, pour ne pas dire le meilleur, de la région. On entendait toutefois des voix dire que le niveau baissait et qu'il était même catastrophique et que tout le système était bel et bien sclérosé et vicié par la politisation à outrance des syndicats enseignants (1). Au cours de la campagne électorale, Mauricio Macri avait promis de redonner un élan à l'ensemble du système pour faire remonter le niveau, qu'il déclarait catastrophique. Beaucoup avaient pris cette constatation pour un argument électoraliste, une preuve de sa mauvaise foi et de son hostilité envers la majorité sortante. Il y avait peut-être un peu de cela mais visiblement le diagnostic était solide.

En octobre dernier, à deux mois et demi de la fin de la première année scolaire du présent mandat présidentiel, il a été procédé à une vaste évaluation dans tout le pays et ce sont ces résultats qui viennent d'être mis en ligne sur la plate-forme aprenderdatos, qui dépend d'un sous-secrétariat d'Etat au sein du Ministère de l'Education.

Les enfants d'une école privée de Mendoza se prépare pour l'Acto del 17 de Agosto, ce 17 août 2016
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution
et pour reconnaître Remedios, dans sa belle robe bleue de princesse républicaine et locale,
les soldats royalistes en vareuse rouge et pantalon blanc,
et les fiers grenadiers à cheval de San Martín dans leur bel uniforme bleu marine mais sans monture !

Ces chiffres ne sont pas bons et ils justifient que le Gouvernement s'attelle au plus tôt à une profonde réforme des programmes et de l'organisation de l'enseignement. Moderniser la pédagogie au lieu de se contenter de moderniser le matériel (mettre à disposition des ordinateurs et du Wifi, par exemple) ne serait pas un luxe non plus... En discutant moi-même avec des classes de tous âges, dans la banlieue de Buenos Aires, à Mendoza et dans la province de San Luis, ces deux dernières années, j'ai été assez surprise du peu d'autonomie d'apprentissage des adolescents en fin de scolarité, de leur passivité indocile et indisciplinée et du discours très simpliste, patriotard et moralisateur que leur tenaient certains enseignants et directeurs d'établissement (on ne s'étonnera pas dans ces conditions qu'ils n'en retiennent rien, à l'heure d'Internet, de Youtube et des réseaux sociaux).
Chez les plus petits, ce qui m'a le plus frappée l'année dernière, c'était qu'ils ne comprenaient strictement rien à ce que leurs instituteurs leur avaient fait apprendre, d'autant que je les rencontrais dans un cadre particulier : la célébration, très festive au demeurant de la Fête de San Martín, autour du 17 août. Il était manifeste qu'ils ne comprenaient aucune des paroles de la Marcha de San Lorenzo qu'ils chantaient toutefois avec un entrain de bon aloi et qu'ils ne comprenaient rien non plus aux dialogues appris par cœur dans la saynète, quelque peu simplette, où ils étaient censés représenter les événements historiques de la guerre d'indépendance. Ils débitaient leur texte comme des perroquets, sans s'amuser le moins du monde, avec des regards affolés vers l'institutrice en cas de trou de mémoire et ne se déridaient vraiment que lorsqu'il fallait dégainer un sabre en carton pour faire semblant de se bagarrer (2). C'était d'autant plus poignant que j'ai plutôt visité des établissements de très bon niveau où j'ai surpris bien des enseignants (et des élèves) par mes interventions interactives, en dialogue avec la classe, alors qu'ils attendaient tous et de toute évidence une conférence magistrale super-rasoir, comme c'est la coutume de la plupart des conférences dans tout le pays.

C'est la première fois depuis la mise en place de l'école obligatoire que l'Etat prend ainsi le taureau par les cornes et qu'il met sur la table la réalité de la situation. Il faut espérer que le choc de ces données sera salutaire et aidera l'opinion publique à soutenir le vaste chantier que le gouvernement veut mettre en place (3) et que les syndicats d'enseignants, très conservateurs même s'ils votent à gauche, pourraient bien vouloir entraver.

Pour aller plus loin :
consulter la page Facebook du Secrétariat d'Etat à l'évaluation scolaire.

A noter : Página/12 ne semble pas s'intéresser au sujet ! Pas un mot sur son site Internet aujourd'hui.



(1) Ils en ont fait à nouveau la démonstration cette année avec une grève interminable au détriment des enfants alors qu'ils pourraient envisager des méthodes plus efficaces de lutte salariale, laquelle est parfaitement légitime au demeurant.
(2) Quant aux petites filles, elles ne s'amusaient qu'au moment de défiler, quelques secondes à peine, sur la scène dans leurs belles robes d'époque avec une petite mantille blanche que portait fièrement une première de la classe à laquelle revenait l'honneur d'interpréter Remedios de Escalada de San Martín, l'épouse du héros !
(3) La France est dans une situation similaire et doit elle aussi réformer au plus vite son système scolaire, devenu une véritable usine à générer de l'inégalité, de l'échec social et du traumatisme culturel, à l'inverse des généreuses valeurs politiques et intellectuelles sur lesquelles il est fondé et desquels il croit être toujours nourri, figé qu'il est dans l'image qu'il s'est fait de lui-même à travers les discours de Jules Ferry, il y a un siècle et demi !

vendredi 26 mai 2017

Un 25 de Mayo qui grince [Actu]

La vice-présidente (en fauteuil) avait revêtu un poncho du plus bel effet !
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

La crise économique continue à attrister le paysage argentin et affecte cette année la célébration du 25 Mai, fête nationale argentine. La consommation reste en deuil et continue de baisser de mois en mois, creusant un peu plus les écarts sociaux.

Les homélies des Te Deum en ont été marquées à la cathédrale de Buenos Aires, où officiait le cardinal Poli, primat d'Argentine, devant le couple présidentiel, le gouvernement au grand complet et l'équipe municipale (tous de la même couleur politique depuis dix-huit mois) comme à la cathédrale de Santa Fe où la messe était célébrée par le président de la Conférence épiscopale. Dans un commentaire centré sur la lecture évangélique du jour, Mario Poli a glissé quelques rappels sur la paupérisation des couches sociales les plus vulnérables et évoqué tous ceux qui, dans le pays, manquent de travail, de ressources et d'accès aux biens matériels et culturels nécessaires à une vie plus digne d'un beau pays comme l'Argentine.
Monseigneur Arancedo, quant à lui, évoquant la vertu d'espérance, il en est venu à parler de la crise de confiance qui traverse le pays et à appeler lui aussi au dialogue, à la rencontre respectueuse par-delà les différences idéologiques...
Le Premier ministre s'est déclaré en plein accord avec les prélats puisque le Gouvernement serait en train de travailler nuit et jour à la réduction de la pauvreté, même s'il s'écoule beaucoup de temps entre les promesses d'investissement (1) et l'amélioration sensible de la situation économique.
Là-dessus, l'archevêque de La Plata, Héctor Aguer, qui a le chic de faire des déclarations provocatrices contre la gauche, y est allé de sa petite fantaisie en faisant des commentaires, hors de propos, sur l'actualité judiciaire récente, en critiquant le Gouvernement qui s'est empressé de rectifier la loi sur les remises de peine en réaction à un arrêt de la Cour Suprême (cf. mon article du 11 mai 2017) et a condamné une loi votée par la Chambre provinciale qui fixe à 30 000 le nombre des victimes de la dernière dictature dont il ne veut pas qu'on la qualifie de civico-militaire... Il y a quelques années, j'ai vu cet homme de près. Il ne respire pas la chaleur humaine... Un peu ennuyeux pour un ministre du Dieu d'amour. Et puis, balancer de tels propos dans ces circonstances, c'est mettre le feu aux poudres...

Très étonnant dans ce journal :
la photo de une est consacrée à Cristina et non pas au président Macri
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Et la Tupac Amaru a achevé le tableau en publiant (on n'en attendait pas moins d'eux) la lettre manuscrite que le Pape François a envoyée à Milagro Sala dans sa prison à Jujuy. Le Saint Père ne fait que répondre à une lettre de la détenue qui se plaignait à lui de mauvais traitements qu'elle subit derrière les barreaux. Comme d'habitude, peu soucieux de l'emploi partisan que pourront en faire des organismes comme Tupac Amaru ou Madres de Plaza de Mayo, il a écrit comme il écrit à une personne emprisonnée. Et bien entendu, la chose est interprétée comme une prise de position en faveur de la députée et hostile au Gouvernement à part.

On a connu des 25 de Mayo plus consensuels...

Pour en savoir plus :
sur les homélies :
lire l'article de Página/12 sur le discours de Monseigneur Poli
lire l'article de Página/12 sur celui de Monseigneur Aguer
lire l'article de La Prensa sur le discours de Mario Poli
lire l'article de La Prensa sur celui de Héctor Aguer
lire l'article de La Nación sur l'homélie de Monseigneur Poli
lire l'article de La Nación sur celle de Monseigneur Aguer
lire le texte de l'homélie de Monseigneur Poli grâce à l'agence AICA qui le reproduit en intégralité
sur les péripéties de l'affaire Milagro Sala
A noter que sur ces sujets, Clarín n'avait pas grand chose à dire dans son édition de ce vendredi.



(1) L'Argentine vient de recevoir coup sur coup deux délégations européennes de chefs d'entreprise accompagnant leur chef d'Etat : visite de la présidente suisse puis du président italien.

Cristina choisit la fête nationale pour revenir dans l'arène [Actu]


Après un an et demi de relative retraite politique, Cristina Kirchner vient de donner une longue interview à quatre journalistes qui lui étaient acquis sur l'antenne de C5N, une chaîne kirchneriste (1), depuis son QG, l'Institut Patria, une sorte de think-tank du Frente para la Victoria.

L'interview a duré une heure vingt-cinq et fait l'objet de commentaires dans tous les journaux en ce lendemain de fête nationale. Página/12 a même décidé d'y consacrer toute sa une, avec une manchette pour fêter les trente ans de son lancement.

L'ex-présidente a appelé l'opposition à s'unir pour mettre un frein à la politique de rigueur de l'actuel gouvernement et a fait mine d'annoncer qu'elle pourrait se porter candidate aux élections législatives de mi-mandat si toutefois cela s'avérait indispensable. Autrement dit, elle attend de se faire prier. Elle se dit prête à se présenter comme députée ou sénatrice pour la Province de Buenos Aires, aujourd'hui passée à la majorité nationale (Cambiemos), à moins qu'un autre candidat ne soit plus assuré qu'elle de remporter le siège, car, assure-t-elle, elle n'attend pas après. Ce dont on peut douter car elle est fort combative et l'inaction politique doit lui peser, même si elle a fort à faire pour se défendre dans plusieurs procès pour corruption qui ont été entamés contre elle depuis qu'elle a quitté la présidence.

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 (très favorable) – on y trouve l'intégralité de l'interview en vidéo intégrée



(1) Et d'assez médiocre qualité.

jeudi 25 mai 2017

Marie Crouzeix et Daniel Pérez lancent leur nouveau trio et toujours en Auvergne [ici]


Le couple franco-argentin, composé par la flûtiste française Marie Crouzeix et le guitariste-bandonéoniste compositeur argentin Daniel Pérez, présente ce samedi 27 mai 2017 à 21h le nouveau trio qu'ils forment avec la violoncelliste Bea Terrasse, le Chat de Lahlo, dans un café de Saint Gervais d'Auvergne pour une soirée consacrée à la musique argentine, à toutes les musiques argentines, tango, folklore et tout le reste...

Entrée gratuite. Participation au chapeau.

Profitez donc du pont de l'Ascension pour aller découvrir ces musiciens, qui mêlent talent et simplicité à la bonne franquette.

Lucio Arce chez Jacqueline Sigaut ce samedi [à l'affiche]


Le chanteur-compositeur interprète Lucio Arce sera ce samedi 27 mai à 21h30 chez Jacqueline Sigaut à Palermo pour son désormais traditionnel bœuf tango...

Lucio s'accompagne lui-même mais il aura aussi pour l'occasion un partenaire, le guitariste Juan María Páez.

Comme d'habitude, il faut réserver par mail auprès de l'hôtesse selon les consignes indiquées sur le tract numérique ci-dessus.

mardi 23 mai 2017

Rosario achève sa quinzaine tanguera [à l'affiche]


Depuis le 11 mai, la ville de Rosario fête sa treizième Rencontre de Tango (Encuentro Metropolitano de Tango), produite par la Casa de Tango, un centre culturel public, dépendant de la municipalité et ouvert à tous les tangueros de la ville et de son voisinage, qu'ils soient musiciens, danseurs, chanteurs, professionnels et amateurs.

Rosario est considérée comme la Barcelone de l'Amérique du Sud. C'est la capitale culturelle et économique de la Province de Santa Fe.

La quinzaine prend fin samedi prochain au terme d'une programmation très riche et variée.

Página/12, qui a un faible pour cette ville sise sur les bords du Paraná et qui a donné de nombreux artistes au tango (entre autres), se fend aujourd'hui d'un article sur cette belle manifestation.

Pour en savoir plus :
lire la présentation de la Casa del Tango sur le site du Secrétariat municipal à la Culture
lire le communiqué municipal sur la manifestation.

La Fête nationale du théâtre s'épanouit à Mendoza [à l'affiche]


En cette semaine festive et patriotique avec son jeudi férié, pour l'anniversaire de la Révolution de Mai (1), Mendoza accueille depuis quelques jours le Festival national de Théâtre, créé initialement à Rosario.

Le ministère provincial de la Culture a décidé d'enrichir la programmation en offrant des activités et productions locales dans plusieurs villes au-delà des dates et des propositions de l'Instituto Nacional del Teatro.

Cliquez sur l'image pour lire le programme en haut résolution

Le prix de l'entrée générale est très modéré : seulement 70 pesos argentins par personne !

L'événement a droit à un article dans La Nación ce matin.

Pour en savoir plus :
lire l'article du gouvernement provincial sur les extensions programmatiques offertes par Mendoza.



(1) En Argentine comme dans de nombreux pays latins, l'Ascension est reportée au 7e dimanche de Pâques. En revanche, la date de l'Epiphanie a été maintenue au 6 janvier.

vendredi 19 mai 2017

Sévère diagnostic sur la détention en Argentine [Actu]

Comme toute la presse ou presque, ce matin, la une de Página/12 parle de la situation au Brésil
Mais la manchette de droite porte sur celle de Milagro Sala

Le groupe de travail de l'ONU sur la détention arbitraire vient de remettre un rapport préliminaires de douze pages, à l'issue d'une visite en Argentine, et le constat est assez sévère sur la justice pénale : abus de prison préventive notamment contre les membres de certains groupes sociaux bien déterminés, les pauvres, les indigènes, les homosexuels, les travestis et les transsexuels, les immigrés ainsi que les mineurs, notamment ceux âgés de moins de 16 ans (1). Par ailleurs, les procédures pénales rendent très difficile la levée d'écrou dans cette phase qui précède le procès et donc l'éventuelle condamnation.

La Prensa se contente de mettre l'info dans le bandeau de bas de page
Cliquez sur l'image pour une haute résolution
Le journal n'a pas encore publié son article en ligne

Le groupe de travail a accompagné son rapport d'une nouvelle demande de mise en liberté de Milagro Sala, une recommandation déjà exprimée l'année dernière par ce même groupe de travail au sein des instances onusiennes. En effet, la députée kirchneriste du Parlasur n'a pas pu bénéficier d'une immunité parlementaire telle qu'elle est pratiquée partout dans les Etats de droit. Il est vrai par ailleurs que son appartenance à un peuple originaire lui attribue dans les instances internationales un préjugé de victimisation raciste alors qu'il n'est pas du tout certain que ce soit bien ce type de ressort qui ait joué dans la décision de la justice provinciale de Jujuy de l'incarcérer et de l'inculper.

Le rapport souligne aussi le déséquilibre qui existe en Argentine entre les détenus en prison préventive et les condamnés : 60 % des prisonniers sont en effet derrière les barreaux en attente de leur jugement (2).

Clarín met lui aussi la photo de Milagro Sala, mais en bas,
le contraire de Página/12, son éternel adversaire dans le spectre idéologique

L'ONU avait envoyé une équipe de cinq observateurs internationaux, dont deux se sont fait ses porte-parole, un Béninois et une Létonnienne, qui ont donné hier une conférence de presse pour présenter leur rapport. Ils y dressent aussi un tableau catastrophique de la situation des prisons et des lieux de garde à vue (3) : conditions de vie indignes dans les établissements pénitentiaires, personnels non qualifiés dans les commissariats, violences policières un peu trop systématiques dès que les forces de l'ordre doivent réprimer (4) des manifestations, surtout si elles impliquent des représentants des peuples originaires, contrôles d'identité au faciès (contre les immigrés boliviens, péruviens et paraguayens, qui ont souvent des têtes amérindiennes...). Cette partie-là du rapport ne peut pas surprendre grand monde. Ces domaines restent des espaces de progrès démocratiques dans ce pays longtemps dominé par des pratiques politiques racistes et arbitraires.

Ce rapport préliminaire doit donner lieu à un second rapport, définitif celui-là, qui sera présenté devant le Conseil des Droits de l'homme de l'ONU (5) l'année prochaine.

Autre petit article de bas de page en une de La Nación (à gauche)
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

En réponse à ce réquisitoire international qui n'est jamais agréable de voir paraître, le Gouvernement argentin a une nouvelle fois émis des recommandations pour faire accélérer les procédures pénales dans un pays où le code de procédure devait être revu de fond en comble, car c'est lui qui multiplie les possibilités de faire traîner les instructions.
Tandis que le Chef de l'Etat se trouve en visite officielle au Japon, après la Chine, les services de la Casa Rosada, dirigés temporairement par la vice-présidente, se sont contenté de prendre acte du rapport, d'exprimer leur accord avec leur contenu et d'afficher la volonté gouvernementale d'améliorer la situation grâce à la mise en œuvre du plan Justicia 2020 (6).

Au même moment, le Forum pour la Liberté et la Démocratie a lui aussi publié un rapport peu flatteur pour le gouvernement en place, faisant la liste de 150 atteintes aux droits de l'homme dans le pays, et le remet aujourd'hui au rapporteur pour l'Argentine auprès de la Cour inter-américaine des Droits de l'homme. Ce rapport compte 328 pages et il a été rédigé par un groupe où se mêlent des associations de victimes de la dictature, des syndicats et des formations politiques (d'opposition), qui se sont réunis en assemblées délibérantes les 28 et 29 avril derniers à Buenos Aires, Mendoza et Córdoba.

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 sur le rapport du Forum pour la Liberté et la Démocratie
lire l'article de La Nación sur le rapport du groupe de travail de l'ONU
lire l'article de La Nación sur la réaction très encourageante du gouvernement argentin (après tout, il y a bien des gouvernements dans cette situation qui nient la réalité et renvoie l'ONU à ses études)



(1) Mauricio Macri est favorable à une répression accrue contre la délinquance et la criminalité juvéniles, arguant du fait que certains agissements de ces adolescents ou même préadolescents ne peuvent bénéficier d'une excuse de minorité eu égard à l'endurcissement des auteurs et leur caractère récidiviste, que l'on entende ou non cet adjectif dans son sens strictement juridique
(2) Cela éclaire d'un jour particulier les décisions de justice qui ont appliqué la loi du "Jour compte double" (2 x 1), qui permettait jusqu'en 2001 une remise de peine à raison d'un jour sur deux, entre le premier jour de la troisième année de prison préventive et la condamnation définitive de l'intéressé (voir mon article du 4 mai 2017). Au grand scandale d'une majorité d'Argentins, cette loi vient d'être relancée par une récente décision de la Cour suprême sur une demande que lui avait adressée un criminel de la Dictature (de toute façon déjà sorti de prison). Le gouvernement avait dû faire voter en toute hâte une loi rectificative permettant d'exclure ces coupables de crime contre l'humanité du bénéfice des remises de peine.
(3) Même s'il existe des situations nettement pires sur le sous-continent !
(4) Elles considèrent rarement dans ces cas-là qu'elles ont pour rôle de garantir la sécurité des manifestants et des autres usagers de l'espace public comme ce devrait être le cas dans un Etat de droit de plus longue tradition.
(5) Depuis plusieurs années, la composition de ce Conseil est très contestée par de nombreuses ONG puisqu'on y a nommé des diplomates représentant des pays qui violent ouvertement les chartes fondamentales des Nations Unies par leur politique pénale, leur politique de non pluralité partisane et/ou syndicale, la condition faite aux femmes ou aux étrangers, la tolérance de formes d'esclavage sur leur territoire, l'intolérance religieuse et autres points de la Déclaration universelle des droits de l'homme.
(6) Le mandat actuel de Macri va jusqu'au 9 décembre 2019. 2020 est un chiffre rond. Ce sera aussi le bicentenaire de la mort du juriste Manuel Belgrano, l'un des fondateurs de l'Argentine indépendante, l'un des introducteurs dans le pays des droits de l'homme. Ce sera aussi l'année du deux cent-cinquantième anniversaire de sa naissance... Mauricio Macri ne fait plus mystère depuis plusieurs mois qu'il compte bien se présenter pour se succéder à lui-même.

Noelia Moncada et Raimundo Rosales invités de Jacqueline Sigaut dimanche [à l'affiche]



La chanteuse Noelia Moncada et le poète Raimundo Rosales (1) seront ce dimanche 21 mai 2017 les invités de Jacqueline Sigaut pour une soirée partagée à Circe Arte, une salle du quartier de Palermo, au nord de Buenos Aires.

Spectacle à 21h.
Il est conseillé de réserver auprès de la salle.

Comme d'habitude, les conditions de participation figurent sur le visuel.



(1) Raimundo Rosales fait partie des dix poètes et paroliers dont j'ai traduit des textes dans Deux cents ans après, le bicentenaire de l'Argentine à travers le patrimoine littéraire du tango, dont Solange Bazely lira en musique quelques uns à Nantes-Orvault, la semaine prochaine, au cours des Nuits Allumées.

jeudi 18 mai 2017

La Traversée des Andes au Museo de Bellas Artes Franklin Rawson de San Juan [à l'affiche]

Affiche de l'exposition

Jusqu'au 18 juin, à San Juan, dans le splendide musée provincial des Beaux Arts Franklin Rawson, se tient une passionnante exposition de peinture et d'objets historiques qui célèbre le bicentenaire de la Traversée des Andes par le général José de San Martín (1778-1850) et l'armée chilo-argentine qu'il a levée dans la province de Cuyo dont celle de San Juan faisait alors partie, en vue de libérer le Chili voisin du joug colonial espagnol.

L'exposition s'organise autour de trois pôles :
  • l'iconographie de San Martín, de l'armée des Andes et de quelques uns de ses commandants et leur évolution dans le temps, depuis les premières représentations jusqu'à nos jours, avec en particulier des œuvres à voir absolument des peintres Fidel Roíg Matóns et de Antonio Berni, mais aussi les grands classiques de l'imagerie argentine, dus au pinceau du peintre chilien Pedro Subercaseaux (dont les tableaux illustrent encore aujourd'hui tous les livres d'histoire et les manuels scolaires),
  • la cartographie des Andes, puisque cette expédition libératrice du Chili fut aussi l'occasion d'entamer un travail de relevé précis qui n'avait jamais été accompli pendant toute la période coloniale,
  • l'exposition d'objets ayant appartenu à San Martín : une parure de lit écarlate mais au style spartiate, des cornes à poudre et à boire, un nécessaire à mate portatif (le général était tout aussi amateur de cette boisson que tous ses compatriotes), une longue vue...



Une exposition à laquelle ont concouru de nombreux musées de tout le pays pour rassembler en un même lieu cinquante pièces particulièrement significatives.


L'année dernière, en août, j'ai eu la chance de visiter ce MPBA Franklin Rawson, guidée par l'un des conservateurs et accompagnée par le directeur de l'Alliance Française locale. J'en garde un souvenir ébloui, celui d'un des musées les plus modernes et les mieux organisés qu'il m'est été donné d'admirer en Argentine... Le bâtiment lui-même, de facture très contemporaine et très fonctionnel, veut le détour.

L'affiche du film le plus réent ne parle plus que de coucheries !
Quelle décadence !
Et pour un homme aussi pudique que San Martín, quel manque d'égard pour sa mémoire...

Ce soir, de 21h à 23h, le musée propose une projection cinématographique en souvenir du Passage des Andes : El Santo de la Espada, le film-culte sur San Martín, sorti en 1970 et réalisé par Leopoldo Torre Nilsson, avec, dans le premier rôle, le grand acteur et comédien Alfredo Alcón.
Le 8 juin à la même heure, le musée projettera Nuestra Tierra de Paz, un film de 1939 de Arturo S. Mom, toujours consacré à San Martín (interprété par Pedro Tocci)
Le 15 juin, ce cyclen baptisé El Cruce de los Andes – La Odisea, programme un autre long-métrage, beaucoup plus récent (1992) : El general y la fiebre, de Jorge Coscia (l'ancien Secrétaire d'Etat à la Culture, dans le gouvernement de Cristina Kirchner), où l'on voit San Martín revivre son passé depuis son lit de souffrance, en 1814, à Córdoba, où il se remettait d'une violente maladie qui l'avait saisi à Tucumán quelques mois auparavant. C'est Rubén Stella qui incarne le héros.

Ce vendredi soir se tiendra au Museo de Bellas Artes Franklin Rawson la Noche de los Museos, de 19h à 23h.

Pour en savoir plus :
consulter la page de l'exposition sur le site Internet du musée.

mercredi 17 mai 2017

Le road-movie docu du Bicentenaire sur TV Pública [à l'affiche]


Depuis le 5 avril, TV Pública diffuse tous les mercredis soirs un documentaire de reconstitution de la Traversée des Andes, dont l'Argentine et le Chili fêtent cette année le bicentenaire (voir mes articles sous le mot-clé Cruce).

Le documentaire est une coproduction internationale qui implique l'UNESCO, où l'ambassadeur argentin, Rodolfo Terragno, est un académicien de l'Instituto Nacional Sanmartiniano, passionné par le personnage du général San Martín, Google Argentina, qui a fourni les moyens de cartographie informatique, la Direction nationale des Droits de l'Homme (ministère de la Justice), la Direction de Droit International humanitaire (ministère de la Défense) et le groupe Télévision publique Argentine (ministère du système fédéral de médias et contenus publics). On peut regretter l'absence de participation chilienne. Après tout, l'affaire concerne aussi (rien qu'un peu) le Chili.

Photo du tournage (TV Pública)

Sous le titre Motivados por la Historia (motivés par l'histoire), la série se compose de huit épisodes de moyen métrage (25-30 minutes), bien faits à ce que j'ai pu en voir, autour d'un fil rouge : quatre jeunes gens de la région de Cuyo, représentant chacun l'une des provinces argentines protagonistes de cette traversée légendaire, Mendoza, San Juan, San Luis et La Rioja, accompagnés par un professeur d'histoire (éducation secondaire), lui-même écrivain et chargé de rédiger le journal de l'expédition. Au fur et à mesure qu'avance notre petit corps expéditionnaire, il plante à chaque étape importante de la Traversée une signalétique, les emblemas azules (symboles bleus) qui proclament que cette Route Sanmartinienne est un site culturel protégé par l'UNESCO en cas de conflit armé (1).

Photo du tournage

Au sein d'une équipe de tournage de 40 personnes, nos jeunes gens ont passé une bonne partie de leurs vacances d'été à crapahuter, à pied et à cheval, en février, à travers une chaîne montagneuse connue pour son caractère inhospitalier. Ils ont connu bien des difficultés physiques, entre chaleur du jour et froid de la nuit, raréfaction de l'oxygène en altitude et diverses menues blessures. Ils n'ont pas eu à engager le combat une fois arrivés au Chili, eux, au moins.

Les six premiers épisodes déjà diffusés à l'antenne sont disponibles en ligne, uniquement en VO (ni sous-titres ni doublage, accrochez-vous !). Ils ont de quoi vous en mettre plein les mirettes : splendeur des paysages grandioses et miracle de la technologie vidéo assistée. Les explications didactiques viennent en plus.

Photo du tournage

Google Street Views et Wikipedia sont partenaires de l'aventure et propose du contenu complémentaire tandis que l'Universidad Nacional de Cuyo, à Mendoza, a développé une appli, qui peut être téléchargée sur ordinateur fixe et appareils mobiles.

L'ouverture du premier épisode a été tourné à Paris, à l'UNESCO, et offre une courte interview de Rodolfo Terragno, dans son petit bureau qu'il a décoré de reproductions des célèbres lithographies que les batailles de Chacabuco (1817) et Maipú (1818) ont inspirées au peintre Théodore Géricault (resté à Paris mais emballé par ce qu'il lisait dans Le Constitutionnel et Le Journal des Débats) (2).
D'ici deux semaines, les deux épisodes restants seront eux aussi en ligne pour une forme de replay gratuit, à l'argentine, de la série au complet.

Pour en savoir plus :
consulter la page de l'émission sur le site Internet de TV Pública.



(1) Ce qui ne manque pas d'être un peu étrange à une époque où les deux pays frontaliers déploient tant d'efforts pour faire vivre les organisations internationales pacifiques que sont le Mercosur (côté économique) et l'UNASUR (côté politique), ce qui met fin à l'hostilité qui a existé entre eux mais qui est bel et bien dépassée aujourd'hui.
(2) En 1817, Le Journal des Débats était plutôt hostile aux "insurgents de l'Amérique australe", tandis que Le Constitutionnel, journal libéral, inscrit dans l'opposition à la politique de Louis XVIII, tenait un discours plus admiratif, plus proche de la presse britannique. Ces deux lithographies sont très connues en Amérique du Sud. Elles sont inconnues en France.

mardi 16 mai 2017

Bonafini inculpée pour détournement de fonds publics [Actu]

La Nación a  mis l'info en gros titre, au-dessus de la photo
consacrée à la rénovation de la gare ferroviaire de Retiro
un bâtiment dont Buenos Aires s'enorgueillit
Cliquez sur l'image pour obtenir une haute résolution

C'est une vieille affaire qui traînait depuis de nombreuses années : le scandale du programme de construction de logement social Misión Sueños Compartidos (mission rêves partagés) (1) pour lequel l'association Madres de Plaza de Mayo avait reçu de grosses subventions publiques avant qu'on ne s'aperçoive que le responsable financier du programme, un repris de justice qui avait été condamné pour l'assassinat de ses propres parents, avait détourné des sommes considérables, alors que les comptes avaient été signés par la présidente du mouvement, la très truculente et fort peu démocrate Hebe de Bonafini (voir à ce sujet mon article du 6 juin 2011).

En 2011, le scandale avait précipité la rupture, désormais tout à fait publique, entre Madres de Plaza de Mayo et le reste des associations, dont Madres de Plaza de Mayo Linea Fundadora, Abuelas de Plaza de Mayo, H.I.J.O.S., et Familiares de Detenidos y Desaparecidos.

Hebe de Bonafini, fidèle à son personnage de provocatrice, a aussitôt tiré de cette inculpation un motif de fierté, puisqu'elle y voit le prix payé pour sa parole publique. Bref, elle essaye de se présenter comme la victime d'une chasse aux sorcières politiques, une femme poursuivie pour ses idées (2), ce qui n'est pas du tout le cas. La gestion de l'argent public pour le programme de logement initié par Madres de Plaza de Mayo présente des irrégularités tout à fait patentes dont les auteurs doivent rendre des comptes à la justice comme il convient dans un Etat de droit.

Les relations entre les différents inculpés sont devenues exécrables depuis qu'après avoir couvé son chargé d'affaire, Hebe l'avait laissé tomber en tentant de lui imputer toutes les opérations suspectes.

C'est le même juge fédéral qui traite ce dossier et celui des parents adoptifs de Ignacio Montoya Carlotto, le petit-fils retrouvé de Estela de Carlotto, la présidente de Abuelas. Et si en mars dernier, il a inculpé ce couple d'ouvriers agricoles très soumis à leur patron (un vrai sbire de la Dictature, quant à lui), le juge n'a pas prononcé la prison préventive contre eux. Comme il s'est bien gardé de le faire dans le cas de Madres, ce qui plaiderait pour une retenue et une volonté de ne pas jeter de l'huile sur le feu de la part de ce magistrat.

L'article de Página/12, qui a tendance à soutenir le mouvement Madres de Plaza de Mayo et à employer des arguments pas si éloignés des siens, marque une certaine gêne ce matin. La journaliste évite d'entrer dans l'analyse de l'événement et se contente de citer des larges passages des déclarations explosives que Hebe de Bonafini a confié à une vidéo rendue publique par l'association. La vieille dame s'est en effet suffisamment déconsidérée avec ses provocations tous azimuts depuis le début du second mandat présidentiel de Cristina Kirchner pour que les télévisions et radios se soient passées d'aller l'interviewer à cette occasion.

Même stratégie éditoriale à la rédaction de Clarín
qui préfère toutefois consacrer sa photo de une au voyage de Mauricio Macri en Asie
et aux négociations commerciales avec la Chine et la Russie de Poutine
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution

Cette inculpation finit de sortir Madres de Plaza de Mayo de la rubrique Droits de l'homme pour l'installer dans celle de la corruption et autres scandales politiques.
Triste fin pour cette courageuse initiative de quelques femmes sans arme en 1977 !

Pour aller plus loin :
lire l'article de Clarín

Ajout du 17 mai 2017 :
pour sa défense, Hebe de Bonafini a publié une lettre manuscrite qu'elle a reçue il y a quelques semaines du Pape François qui lui avait accordé une audience il y a peu à Rome (voir mon article du 28 mai 2016). Lire à ce propos l'article de La Nación, qui montre bien que cette missive pontificale ne constitue pas un soutien de la part du Souverain Pontife, comme essaie de le faire croire sa destinataire, après avoir copieusement insulté l'auteur... Il a bon dos, le Pape !
lire aussi l'article de La Nación sur la déposition ravageuse d'un des co-inculpés, qui prétend que l'argent qui a disparu dans le gouffre de Sueños compartidos a servi aux campagnes électorales du Frente para la Victoria (Cristina Kirchner).



(1) Il est intéressant de noter que c'est aussi sur une affaire très trouble de programme de construction sociale qu'est tombée Milagro Sala, la députée kirchneriste du Parlasur, dont la détention, à Jujuy, est contestée sur le plan procédural (elle aurait dû bénéficier d'une immunité parlementaire) mais dont les actions, à la tête de son mouvement révolutionnaire Tupac Amaru, sont plus que suspectes.
(2) Un peu comme l'a fait François Fillon, pendant la campagne électorale française et encore maintenant, lorsqu'il est parti dans une fuite en avant en s'inventant des persécuteurs et un complot du soi-disant système, pour se dédouaner de ses propres pratiques politiques.

jeudi 11 mai 2017

Un hommage aux Maestros Ferrer et Garello [à l'affiche]


Jacqueline Sigaut a choisi de rendre hommage à nos deux maîtres disparus et amis : le poète Horacio Ferrer et le compositeur Raúl Garello (au bandonéon).

Tous les deux avaient tourné il y a plusieurs années ce film qui fixe les répétitions de leur spectacle, Diálogo de poeta y bandoneón (1), qu'ils ont respectivement écrit et composé au début des années 1990. Musique, poésie et humour sont au rendez-vous. Le film a fait l'objet d'une édition en DVD chez Melopea Discos (produit par Litto Nebbia).

Jacqueline Sigaut propose ce film chez elle, dans le cadre de ses soirées ciné-tango, vendredi en huit, le 16 mai 2017, à 19h30. Le réalisateur, Adrían Lorenzo, sera là.

Entrée libre et gratuite avec inscription préalable indispensable (selon les conditions inscrites sur le visuel).

Un buffet fait maison permettra d'échanger et de partager quelques brindis traditionnels.



(1) Plusieurs des chansons programmés dans ce spectacle sont présentées dans le texte et en traduction dans mon livre, Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, que j'ai publié aux Editions du Jasmin, en mai 2010.

Une loi adoptée en quatrième vitesse [Actu]

Cette fois-ci, La Nación met en une la photo de la manifestation
Cliquez sur l'image pour une très haute résolution

Hier, le Sénat a voté à l'unanimité la loi rectificative sur les remises de peine de sorte que les détenus condamnés pour crimes contre l'humanité ne puissent pas en bénéficier. La loi avait été votée la veille par les députés nationaux. Et dès le vote du Sénat, le Président Mauricio Macri a signé la loi, ce qui la rend immédiatement applicable.

Plus tard, dans une conférence de presse dans la province de Mendoza, où il était allé inaugurer des installations européennes d'antennes géantes, le chef de l'Etat a affirmé qu'il avait toujours été hostile au bénéfice de remise de peine aux tortionnaires de la Dictature et à quelque procédure que ce soit qui puisse correspondre de près ou de loin à une impunité. Le problème est que certains de ses ministres se sont prononcés en faveur de l'arrêt de la Cour suprême qui accordait un régime de remise de peine dit du Jour compte double (2x1) (voir mon article du 4 mai 2017 à ce propos) et que lui-même a donc attendu près d'une semaine pour donner son avis, même s'il a pris l'initiative très rapide d'envoyer au Congrès le projet de loi qui vient d'être voté et qui corrige les vides juridiques dans lesquelles trois juges de la Cour suprême s'étaient engouffrés (1).

C'est la même chose à la une de Clarín,
qui lie le succès de la manifestation
et la validation de la loi grâce à la signature présidentielle !
En manchette au centre, une récompense prestigieuse pour le groupe musical Les Luthiers

Hier soir, une foule très dense a convergé vers Plaza de Mayo à l'appel des associations des droits de l'homme rassemblant les victimes de la dictature militaire de 1976-1983. Presque tous les manifestants arboraient le foulard blanc des deux branches de Madres de Plaza de Mayo, la première fois que cet emblème est adopté par tout le monde.

De son côté, le juge Eugenio Raúl Zaffaroni, ex-membre de la Cour suprême et siégeant aujourd'hui à la Cour Inter-Américaine des Droits de l'Homme (CIDH), a rejoint les manifestants d'hier et répondu aux questions des journalistes pour dénoncer l'absurdité de l'arrêt de la Cour du 3 mai dernier. Le Président Macri l'a visé parmi les personnalités d'opposition qui ont fait beaucoup de bruit cette semaine mais n'avait rien fait pour corriger vides juridiques créée par l'abolition de cette ancienne loi du 2x1, supprimée en 2001. Et pan sur le bec ! D'autant qu'il lui était déjà arrivé de voter une fois en faveur de l'application du 2x1 à un condamné pour crimes contre l'humanité, ce qu'il regrette aujourd'hui.

Au centre de la foule, un manifestant brandit un écriteau jaune
"La 2x1 pour le mandat de Macri"
Ce qui aurait pour résultat de réduire le mandat présidentiel à deux ans !
"Une mer blanche" dit le gros titre
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution

Il y a quelques jours, la Cour suprême argentine s'était vu critiquer vertement par le Haut-Commissariat aux Droits de l'homme de l'ONU (sous-secrétariat pour l'Amérique du Sud, siégeant à Santiago du Chili, voir mon article du 9 mai 2017).

Pour aller plus loin :
sur le vote de la loi :
sur la conférence de presse du président Macri :
lire l'article de La Prensa qui propose aussi la vidéo complète de la conférence de presse du président, hier, à Mendoza (17 minutes)
sur les déclarations du juge Zaffaroni :



(1) Cette rapidité est en soi significative car rédiger un projet de loi, l'envoyer au Congrès, le faire porter à l'ordre du jour, tout cela demande d'ordinaire pas mal de temps. La rapidité de la procédure cette fois-ci est donc plutôt de bon aloi. Et pour le silence du président, celui-ci pourra toujours le justifier par la séparation des pouvoirs dont il ne cesse de protester qu'il en est un ferme partisan. Qu'il n'est donc pas derrière l'arrêt de la Cour. Personnellement, j'ai tendance à penser qu'il est sans doute sincère. Si l'on croit l'inverse aussi facilement, c'est peut-être parce que l'esprit partisan qui marquait tout acte de l'Etat sous les Kirchner a déformé le regard et fait prendre de mauvaises habitudes aux Argentins et, en particulier, aux journalistes.

mardi 9 mai 2017

L'Argentine rappelée à l'ordre par l'ONU [Actu]

Página/12 fait sa une avec une photo où l'on voit les trois juges qui ont signé l'arrêt
dans la salle solennelle de la Cour suprême avec ses imposantes boiseries
"Tout le monde contre la loi du Jour qui compte double"

Alors que le président italien effectue pour la première fois depuis seize ans une visite d'Etat en Argentine (1) et offre son appui pour la négociation commerciale du pays avec l'Union Européenne, voilà que l'ONU rabroue la Cour Suprême qui vient de voter la possibilité d'appliquer aux détenus condamnés pour des crimes contre l'humanité une règle de remise de peine qui provient d'une loi abolie depuis 2001 (voir à ce propos mon article du 4 mai 2017). Cela fait tant désordre que les journaux font la sourde oreille (à part Página/12 qui est bien content d'en faire ses gros titres) et que différentes personnalités politiques publient leur désaccord avec la Cour, au premier rang desquelles la gouverneure de la Province de Buenos Aires, María Eugenia Vidal, ancienne seconde de Mauricio Macri lorsqu'il était chef du gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires, il y a encore dix-huit mois.

Le Bureau pour l'Amérique du Sud du Haut Commissariat de l'ONU pour les Droits de l'Homme, installé à Santiago du Chili, a rappelé à la Cour Suprême qu'elle devait respecter des principes universels des Nations Unies. Le responsable du bureau, un diplomate reconnu pour son talent, insiste sur le fait que les crimes contre l'humanité ne sont pas des crimes ordinaires et qu'on ne peut pas leur appliquer le bénéfice de la mesure la plus avantageuse de la manière dont on le fait pour les crimes crapuleux ou passionnels. Sa déclaration indique que l'organisation internationale est sérieusement inquiète sur cette évolution du droit en Argentine, dont Cristina Kirchner, en voyage en Grèce et reçue par Alexis Tsipras, proclame qu'elle constitue une régression de son pays, qui retourne vingt ans en arrière. En effet, l'Argentine a ratifié en 1995 la Convention internationale sur l'imprescriptibilité des crimes de guerre et contre l'humanité et ses dispositions, qui seraient incompatibles avec l'arrêt de la Cour, ont été intégrées dans la constitution nationale.

La Nación titre sur la tentative du gouvernement de limiter la porté de l'arrêt contesté
La photo est consacrée au procès de Amado Boudou, l'ancien vice-président, entouré de ses avocats
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Au moment où le Haut Commissariat onusien fait ainsi un rappel à la loi, un tribunal fédéral siégeant à San Juan déclare l'arrêt de la Cour suprême anticonstitutionnel et refuse d'en faire bénéficier un détenu qui purge sa peine dans une prison de la province. De surcroît, la Cour Internationale Inter-Américaine des droits de l'Homme reçoit elle aussi des plaintes provenant d'institutions et de responsables politiques argentins concernant cet arrêt du 3 mai dernier.
D'un autre côté, un groupe de travail de l'ONU sur les détentions arbitraires de personnes vient d'arriver en Argentine et doit rendre visite à Milagro Sala dans la prison de Jujuy où elle est détenue à titre préventif alors qu'elle est députée argentine au Parlasur et qu'elle a été arrêtée et inculpée sans qu'il lui soit reconnu la moindre immunité parlementaire. Or plusieurs experts de l'ONU ont déjà reconnu qu'il s'agissait bien d'une détention contestable au regard des standards internationaux.

L'évêque aux Armées, Monseigneur Santiago Olivera, tout récemment nommé à cette charge, a pris, lui aussi, ses distances avec cet arrêt et rendu public son désaccord au fait que les crimes contre l'humanité valent à leurs auteurs le même traitement pénitentiaires que ceux des crimes ordinaires. Olivera estime en effet que l'application de cet arrêt de la Cour à ces criminels ne mène pas à un chemin de réconciliation telle que l'entend l'Eglise, qui affirme que le pardon passe par la justice et la réparation par le coupable (en l'occurrence sa condamnation par les tribunaux légitimes) (2).

Enfin, le gouvernement, dont certains membres s'étaient désolidarisés assez vite de l'arrêt de la Cour, vient de présenter au Congrès un projet de loi qui n'autorise l'application de l'arrêt que pour les condamnés dont le procès s'est tenu dans les années de validité de la loi abrogée, dit du Jour compte double, en français, ou 2x1 en espagnol. Le Chambre des Députés s'est emparée du sujet et va en débattre dans les jours qui viennent.

Appel à la manifestation de demain
"Messieurs les juges, Plus jamais un seul criminel contre l'humanité relâché
30 000 détenus-disparus toujours avec nous !"

Demain, mercredi 10 mai 2017, à 18h, toutes les associations de droits de l'homme appelle à une méga-manifestation contre cet arrêt de la Cour suprême sur Plaza de Mayo. On peut s'attendre à ce qu'il y ait beaucoup de monde.

Pour en savoir plus :
lire également, dans le même quotidien, l'interview de Francisco Madariaga, l'un des petits-enfants retrouvés par Abuelas, qui craint que son père adoptif, une fois sorti de prison grâce à la disposition de remise de peine validée par la Cour suprême, lui règle son compte (il a en effet subi des sévices graves de sa part au cours de son enfance et les a décrits pendant le procès de ce sbire de la dictature)
lire l'article de La Prensa, qui rapporte la prise de position de María Eugenia Vidal
lire l'article de La Nación sur la décision du tribunal de San Juan
lire l'article de La Nación sur le projet de loi envoyé au Congrès
lire l'article de Clarín sur les plaintes contre l'arrêt de la Cour suprême
lire la dépêche de Télam sur la déclaration de Monseigneur Olivera
lire la dépêche de l'AICA, l'agence de presse catholique, sur l'analyse de la Conférence des religieux et religieuses d'Argentine sur le même sujet.

Ajout du 10 mai 2017 :
lire l'article de Radio Vatican en français sur la déclaration de Monseigneur Olivera.



(1) L'Argentine enchaîne les visites officielles et solennelles, ce qui marque le succès diplomatique de la politique lancée il y a près de dix-huit mois par Mauricio Macri, ce qu'il appelait le "retour au monde" de l'Argentine. Comme son homologue suisse il y a quelques semaines, le président italien est arrivé avec un groupe de quarante hommes d'affaires prêts à investir en Argentine, qui en a bien besoin.
(2) Et dans toute la mesure du possible le fait que lui-même demande pardon à ses victimes. Voir mon article du 4 mai 2017 sur l'Assemblée générale des Evêques argentins qui a remis ce sujet à l'ordre du jour.